Pastel des teinturiers
Le pastel des teinturiers, ou guède, (Isatis tinctoria), est une plante tinctoriale cultivée en Europe depuis l’Antiquité, notamment en France, en Allemagne et en Angleterre. Ses feuilles contiennent des précurseurs de l’indigo, pigment bleu . Après récolte, les feuilles sont broyées, fermentées puis transformées selon un procédé complexe permettant de révéler la couleur. Très utilisée au Moyen Âge, la guède a façonné des paysages agricoles et une économie régionale, en particulier dans le Sud-Ouest de la France. Aujourd’hui, elle connaît un regain d’intérêt pour la teinture naturelle, artisanale et écologique.
Recette :
Récolte et préparation des feuilles
Récolter les feuilles de pastel des teinturiers lorsque la plante a atteint sa pleine maturité, ce qui se produit généralement entre la fin du printemps et le début de l’été. Les feuilles doivent être d’un vert profond, indiquant qu’elles contiennent une forte concentration en précurseurs d’indigo.
Pour garantir une récolte optimale, choisir une journée sèche, de préférence en fin de matinée, lorsque la rosée a disparu. Laver les feuilles récoltées à l’eau froide pour éliminer toute impureté, puis étaler les sur un tissu propre dans un endroit ombragé et bien ventilé.
Laisser les feuilles sécher pendant environ une semaine, en les retournant tous les deux jours pour assurer un séchage uniforme. Une fois sèches, les feuilles doivent être broyées en une pâte fine. Utiliser un moulin manuel ou un robot culinaire, en procédant par petites quantités pour éviter de surcharger l’appareil. La pâte obtenue doit être lisse et homogène, sans morceaux visibles. Ce broyage libère les précurseurs d’indigo, préparant les feuilles pour la fermentation.
Extraction du colorant
Placer la pâte de feuilles broyées dans un récipient non métallique, comme un pot en terre cuite ou un bocal en verre. Couvrir le récipient d’un chiffon pour permettre une circulation d’air tout en le protégeant des contaminants.
Laisser fermenter à température ambiante, idéalement entre 20 et 25 degrés Celsius, pendant environ deux semaines. Remuer la pâte quotidiennement avec une cuillère en bois pour garantir une fermentation homogène et éviter les moisissures. Pendant cette période, la pâte va foncer et dégager une odeur caractéristique, signe que la fermentation est en cours.
Après la fermentation, malaxer la pâte pour former des boules, appelées cocagnes, d’environ 5 cm de diamètre. Placer ces cocagnes sur une grille ou un plateau recouvert d’un tissu, et laisser les sécher dans un endroit sec et ventilé pendant deux ans. Le séchage permet au pigment de se stabiliser et de se concentrer.
Une fois les cocagnes complètement sèches, broyer les à nouveau pour obtenir une poudre fine. Cette poudre constitue le pigment brut.
Le bain de teinture
Pour préparer une teinture, dissoudre environ 100 grammes de poudre dans 10 litres d’eau chaude, maintenir à une température de 50 degrés Celsius, en ajoutant progressivement un agent réducteur comme l’hydrosulfite de sodium (environ 50 grammes) pour rendre le pigment soluble. Remuer jusqu’à obtenir une solution homogène.
Plonger le textile à teindre dans la cuve, en veillant à ce qu’il soit complètement immergé. Remuer délicatement pendant environ 30 minutes pour assurer une teinte uniforme. Retirer le textile et exposer le à l’air pour que le pigment s’oxyde et prenne sa couleur bleue caractéristique. Si une teinte plus intense est désirée, répéter l’immersion et l’oxydation.
Rincer le textile à l’eau froide pour éliminer tout excès de pigment et laisser le sécher à l’air libre.