Liste des récits - Collectif A3
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Récit lié : Auvergne
BAB 2025
Pour une fois, nous participons au même atelier d'écriture autour des œuvres d'Anne-Lise alias Earthlightened, mais nous choisissons trois aquarelles différentes !

Tout est là
Même les hommes
Surtout les hommes.
Et pourtant, du sommet du Mont Aiguille, je ne les vois pas. Le soleil d’hiver peine à dissiper la brume qui remonte des vallées, il a tant plu ces derniers jours ! Je suis fascinée par cette mer de nuages en mouvement. Elle voile un éperon rocheux pour mieux en dévoiler un autre. Elle éclaire la cime des arbres d’une forêt puis, très vite, la replonge dans le noir.
Quelques heures plus tard, je quitte mon observatoire céleste et la prairie. Le chemin est bordé de ravines. Heureusement, la brume se disloque peu à peu. J’entre dans la forêt où se mêlent épicéas, pins et hêtres. J’aime beaucoup les hêtres, les vieux hêtres surtout, leurs troncs lisses et gris, leurs ports majestueux. J’aime beaucoup leurs feuillages colorés par l’automne mais aujourd’hui, il ne reste que quelques feuilles sèches sur leurs branches.
La forêt n’est pas silencieuse, elle résonne de mille bruits, celui du vent dans les arbres, celui du torrent tout proche, celui des oiseaux, celui des pierres qui parfois, roulent sous mes pas. Au fur et à mesure que je descends, d’autres bruits apparaissent, celui de la tronçonneuse des bûcherons, celui des voitures… celui des hommes en somme !
Aline, 18 juillet 2025
Tout se délite
Tout tremble
Même le temps
Surtout le temps
Aube nouvelle. Matin du Monde.
Les dernières traînées de lune s’effilochent, lumière de cendre au travers des restes de nuages nocturnes. A l’est, une vapeur s’élève soudain des frondaisons, cheminée verticale surgie des de la cime de l’Arbre Roi. Le patriarche s’ébroue, toilette matinale avant l’avènement de l’astre solaire. Craquements, vieilles brindilles qui amorcent leur chute lente vers le sol de mousse.
L’aurore donne le la aux oiseaux qui, un à un, s’éveillent, becs ouverts sur l’élixir de l’Arbre. Plus bas, les cimes balancent doucement sous la brise, prière collective en hommage au Jour nouveau. La symphonie s’élance dans le silence. Murmures, souffles légers, brumes évanescentes, bourdonnements d’insectes. Bientôt le plain chant des oiseaux, bientôt l’envolée vers le rose du ciel.
Le point du jour, en majuscule, écarte les rideaux de dentelle. Le monde revient à lui, étincelle de vie parée au grain du temps. La lumière se répand, de branches en branches, de feuilles en feuilles… descend… descend…La clarté amenuise les brumes qui se répandent jusqu’au tapis de soie à l’orée des racines.
Encore un jour nouveau pour le rêve de la Forêt du Monde. Qui la traversera aujourd’hui ? Quel témoin saura capter sa part de mystère ? Qui arpentera les sentes forestières, pas à pas sur les mousses et l’humus des bois ? Qui s’allongera à l’ombre de l’Arbre Roi à l’écoute de son récit subtil ? Quel poète, quelle Gardienne du Temple pour honorer sa mémoire silencieuse ? Quel vigile face aux menaces de l’incendie du temps ?
Christine Fleury, 18 juillet 2025
La pinède brûle
Tout me porte à croire que je n’arriverai pas ce soir à Marseille.
Les arbres s’embrasent en torche à la vitesse de la lumière.
Les brindilles obscurcissent le rouge pourpre des flammes.
Des lueurs plus claires explosent vers les maisons.
Devant moi, une vision en rouge et noir du monde en train de disparaitre.
Peu d’espoir de sauver la pinède et ses vies invisibles.
Rien ne survivra.
Même la chaleur insupportable ne réchauffe le désespoir glacé au fond de moi.
La brume rouge enveloppe le ciel.
Les yeux piquent et pleurent de colère.
Surtout de colère devant l’impuissance de lutter face au désastre.
Demain tout sera noir.
Une odeur âcre s’imprégnera partout.
Le mistral se calmera.
Les hommes rentreront épuisés, hagards de fatigue.
La vie reprendra, il faudra panser les blessures.
Tenter de reprendre espoir malgré la peur inscrite au plus profond.
Josiane Faita Hugues
Le 18 juillet 2025
BAB 2023


Lors de l'atelier d'écriture proposé par les Tisseurs de mots à l'occasion de la Biennale d'aquarelle de Brioude en 2023, l'art de la controverse entre Aline et Kris s'exerce sur le dos du pauvre Artaud le momo (et on ne s'était pas concertées).
La preuve, ci-dessous :
Hommage à Antonin Artaud / Kris
« La Grille est un moment terrible pour la sensibilité, la matière.” (Antonin Artaud, L'Ombilic des Limbes)
Alors, bien sûr… le regard d’Antonin Artaud dérange. Ses yeux, bassins de rétention de larmes et de fureur. Ses yeux, miroir torturé de son âme en morceaux, cicatrice purulente. Ses yeux, ulcérés par les turbulences de l’époque, sombre sombre sombre… Ses yeux, quand on les écoute attentivement, hurlent le désarroi de vivre
Antonin Artaud, l’autre parmi les « horribles travailleurs ». Antonin Artaud, dernier des poètes maudits, condamné à vivre en ce Théâtre de cruauté, l’esprit torturé dans son chaos de maux… Antonin Artaud, toute sa vie, se bat comme un tigre contre l’absence à soi, contre ce sentiment de possession qui le hante, l’amoindrit. Lui, Antonin Artaud, sauvé par saint Patrick, crût-il un temps, en un ultime délire.
Conférence au théâtre du Vieux Colombier, Antonin Artaud éructe, vocifère « pour en finir avec le jugement de Dieu ». Lutte à corps ouvert contre les mots qui s’écoulent de lui, s’amassent en cumulus de colère avant d’exploser en onomatopées. Lutte contre l’insupportable fouillis des mots qui le harcèlent. A peine ébauchés, à peine prononcés, les voilà qui s’échappent du vide et crèvent l’abcès du silence intérieur…
Alors, bien sûr … le regard d’Antonin Artaud dérange. Pourtant… l’ombilic des limbes.
Prison calme / Aline
Prison calme.
Artaud t’es fou… puisque t’es enfermé avec les fous.
Il paraît que c’est toi qui as dit : « Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé que pour sortir en fait de l’enfer. » Et à première vue – arrête-moi si je me trompe – t’as beau écrire à tire larigot, t’es toujours en enfer… Comme quoi, tu dis n’importe quoi. Ce qui ne m’étonne pas. Il suffit de te regarder : tu écarquilles les yeux mais tu ne vois rien du monde qui t’entoure, tu regardes en toi et manifestement, c’est pas beau à voir !
Pas la peine de hurler. Je sens que tu vas hurler. Tu supportes pas la frustration. Te voilà pris au piège. Alerte dans la passe à poissons, Artaud fronce les sourcils. Il va nous faire une crise. Un petit électrochoc devrait lui faire du bien.
T’es calmé ? Bon, reprenons. T’es fou, faut te faire une raison. J’ai jamais rien compris à ce que tu as écrit, c’est bien une preuve ! Cela dit, y a des choses que je ne comprends pas. D’abord – même si c’est secondaire – tu pourrais te faire couper les cheveux. T’es pas une beauté et tes cheveux filasses et gras ne t’arrangent pas. Mais passons. Ce que vraiment je ne comprends pas, c’est qu’il se soit trouvé, qu’il se trouve encore des éditeurs pour publier « ton œuvre », des universitaires pour la commenter et des gens pour la lire en criant au génie. Z’ont sans doute jamais rencontré de génies – moi non plus d’ailleurs. Enfin s’il suffit d’aligner des vociférations en disant le contraire de ce qui relève du sens commun, du bon sens pour être un génie… c’est l’anarchie… et la victoire de l’effraction.
Artaud, tu me …
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