Ceci est une prévisualisation de votre impression. Attention, le rendu que vous obtiendrez à l’écran sera sensiblement différent de celui que vous obtiendrez lors de l’impression (ce qui est logique, la taille d’un écran n’est pas comparable à la taille d’un document imprimé), mais cela vous en donne préalablement une idée.
Ne plus afficher ce message

Topologie du surgi et de l'effacé

Chronique cartographiée en territoires figurés et poétiques

Adieu la campagne

Une réfractaire à la campagne - Une vie sans filet - Et une gamine

 

Ma grand-mère enfant vivait en retrait de la route, un petit écart derrière une haie et c'était là leur habitat. Aujourd'hui encore, on peut marcher sur les sentiers de la forêt proche et par un chemin creux arriver jusqu'au lac sans rencontrer personne. Pas de bruit alentour, mais un parcours routinier où les variations de lumière font perdre la notion des heures. Était-ce ainsi, mémé, lorsque tu gardais le troupeau dans le pré que je longe ? Chaque jour cernée par les arbres, seule avec toi-même, comme beaucoup. Des anonymes, isolés, abattus et trop déprimés pour faire entendre leur colère.

De tous les gens de la région, tu n'en vois, n'entends et ne respires aucun alors tu t'allonges non pas dans l'herbe dont tu détestes la dureté, la moiteur et les petites bêtes, mais sur ton édredon – refuge. Tu imagines des murmures rien qu'à toi, sans comprendre ce qui se dit, tu rejoues tes troubles. À ta détresse, tu désires tant une consolation ! En grandissant, garder les bestiaux, c'en est fini pour toi.

Une enfance campagnarde

Une mue déroutante, celle des petites filles qui ne le seront plus dès que le drap, la jupe, l'herbe ou l'eau se tachent de rouge. Et les filles baissent la tête.

— Ce qui fait aigrir le vin doux, jurent les hommes.

Le brou de pénombre sur le corps, leur mère ne leur en a rien dit auparavant, juste aujourd'hui a-t-elle tendu un chiffon de laine, malpropre déjà, mais c'est fait pour. Sinon le jupon s'alourdirait en cours de journée, et la lessive n'en serait que plus pénible.
Les petiotes devenues grandes comprenaient le rôle des fleurs séchées, la camomille et bleuet dont elles avaient soin de ramasser les extrémités fleuries au printemps. La mère en faisait boire durant les quatre à cinq jours que cinglait le ventre. Elles reprenaient leur souffle.

— Notre crépuscule à nous autres, répétait la mère, tout juste veuve avec quatre enfants.

Tu vas sillonner les bourgs pour proposer tes services. Auprès d'une famille de bourgeois, le décor est tout autre et ton adaptation, pas une mince affaire. Certains soirs, tu en appellerais presque à Dieu. L'herbage honni et les vêtements tout crottés ne sont plus là.

Prairie médicinale

Un présent redessiné, un cadre douillet même dans ta mansarde, avec une patronne qui te vide la tête et le dos. Au bout de quelques mois, tu délaisses serpillières, seaux et balais. Avec des ingrédients jamais vus ni imaginés, tu cuisines durant des journées entières.

Tout a un air d'étrangeté dans cette vie récente (nouveaux gestes, nouveau langage, nouveaux habits, et autres) et parmi tes comparses (on vous appelle des domestiques) certains maîtrisent les codes, d’autres moins bien comme la bonne qui t’a remplacée.

Le soir, ça discute un peu malgré la fatigue, il y a ceux qui en font trop, tu te tiens sur la réserve tout comme le valet de chambre, discret dans le privé comme dans sa fonction. L’observer à son insu te rend plus supportable le manque des tiens, et tu pars te coucher avec la folle idée qu’un jour, son regard clair se posera sur toi. L’inattendu ne te hante pas tant que cela, le temps n’est jamais au repos avec les patrons.

l'air et la terre

rayon d'hiver traversé

images de nuit

tout s'efface

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *