Liste des récits - Plis et sillons
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Récit lié : Plis et sillons
Générations au labeur - Bribes de vie masculine - Leurs savoir-faire
Je les appelle par leurs prénoms, François (il y en a deux), Marin (il y en a deux aussi), Étienne, Julien, Frédéric, Louis Alphonse Pierre, ces hommes que je n'ai pu rencontrer mais qui m'ont cependant faite.
J'utilise les documents rassemblés lors du départ de la maison familiale, classés par ordre chronologique et les premiers de la liste apportent peu d'information avant la Révolution française. Après 1789, les documents deviennent plus précis et renseignent sur le décès anticipé des hommes et le long veuvage des femmes mais cela demeure inexploitable avec un panel si réduit.
Aussi dévierai-je sur quelques échos de la vie rurale des anciens, ces silhouettes de l'arrière-pays.
• L'orage sur les sillons gris et nus
• Loin de tout, digne et silencieuse, une jument au milieu d'herbes sèches
• On ne connaît pas le fil de fer barbelé, il faut ruser
• La rouille d'un cossiau1 oublié sur la terre sèche
• Avant la taille, les coudriers2 s’embrouillent
• On écale3, on rouche4 les racines, seul en gueulant
• Les mains, larges et sèches, trient le grain
• Au bout de l'aire, le squelette dressé de l'hiver
• Ce qu'ils furent, laboureurs, cultivateurs, bordagers, pauvres bougres avançant la corde enroulée autour de la tête jusqu'au soir
• Des sillons bien dessinés
• Il va sur la bête, empruntant la bande de terre entre deux parcelles jusqu'au chemin par où rejoindre la rivière
• C'est pas tout, mais rien ne pousse sans fumier
• Vas-y la carriole, elle sert à tout
• La simplicité du bordage, quelques centaines d'ares en culture et jachère, une haie fournie, un vallonage et la masure
• On entend le coq et la bergeronnette
• Les fois où on s'arrête près du chien allongé
• Non ce n'est pas comme ça que ça se passe
• Sortir dans le froid, rentrer avec le froid le chien toujours là
• Y’a les champs et y’a le foin et l’fumier, pas le temps de souffler
• La rosée de cinq heures sur la toile d'araignée
• Les gouttes perlent des haies
• Gare aux chardons, ils égratignent la peau et déchirent les frusques
• Le vent, l'aube des moulins, la rivière
• La fin d'hiver, une pause et des mariages
• Charreyer5 le foin à dos d'homme, à bras de femme et d'enfants
• Les jours de vent, donner à manger aux bêtes un peu plus loin, à l'abri pour point éparpiller le foin
• Le charreton6, il faut en prendre soin à moins d'y perdre son dos et sa raison
• Les outils de base, leur fortune de vie : le rouet, le croc, la faucille et le crible, la fourche aussi
• L'art du rudimentaire, les planches, la corde, le chaume, l'eau
• La face ronde ou plate, les dents abîmées, le corps bourré de griffures et d'entailles, mi-sourd mi-boiteux, c’est l’père sarthois dans toute sa splendeur
• Tout un peu de guingois, le cadre des fenêtres, le toit où il manque des tuiles, les moellons disjoints, les treilles des cabanes
• Faudrait retaper tout ça, on n'a pas trop de temps ou alors il pleut trop, il gèle et ça s'abîme
• Une pause, ils ont emmené les petits au bord de la rivière, les gosses ont patouillé au gué et eux, allongés sur la berme7
• Les saules, les souches à fleur d’eau, les grenouilles et parfois la puanteur d’une carcasse de marcassin noyé
• Ils s’en occupent pas, mais leurs ombres figées en l’absence de courant comme les silhouettes d'un jour qui paresse
• C’est l’art de bouiner8 une fois l’an dans l’herbe et dans l’eau
• On reviendra bientôt, pour le ragondin et le lièvre
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