Liste des récits - Plis et sillons
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Bonjour Le Mans
Récit lié : Plis et sillons
Cuisinière chez les bourgeois - Deux guerres - Avenue de la Libération
Depuis 1910, Marie Augustine, tu vis de concert avec ton époux au gré des placements dans des maisons nécessitant une domesticité conséquente. Avant la Grande Guerre, il y eut Le Mans, puis à partir de 1921, Versailles, Villa des Tilleuls à Libourne, rue Monceau à Paris. Sans doute aussi des maisons de villégiature en bord de Sarthe.
Votre fille ainée aurait été élevée par sa grand-mère puis à l'approche de la naissance de la deuxième en 1925, vous semblez vous implanter au 113 avenue de la République qui deviendra celle de la Libération.
Quelles sont vos ressources ? Des photographies d'une quincaillerie à Conlie attestent une association entre vous et vos gendre et fille aînée. Cependant la cadette est scolarisée au Mans, comme le témoignent ses prix d'honneur sur les livres.
Du bourg à la ville
Puis advient la Seconde Guerre mondiale. Deviens-tu couturière à cette époque, Marie Augustine ? Louis et votre fille sont laborantins en pharmacie, Place de l'Éperon. Mais au moment de la Débâcle de 1940, vous voilà sur la route menant à Conlie.
Des anecdotes se racontaient durant ma jeunesse sur la période de l'Occupation : le père qui ne descendait jamais à la cave lors des sirènes, la fille qui serrait les fesses en traversant de nuit le pont en X avec le bruit des bottes nazies qui résonnaient, son amoureux et les copains motards dans des bagarres mémorables lors de bals interdits, les mille et une façons de ralentir la cadence à l'usine collabo automobile, la dégueulasserie qu'étaient le rutabaga quotidien et la chicorée en guise de café. Toi, rafistolant ce que tu pouvais.
Emprunter les sentiers de l’enfance est redoutable, rien ne ressemble aux souvenirs. Les bourrasques nocturnes me ramènent à jadis.
Mes pas longent la rivière, puis le canal depuis la Manufacture des Tabacs jusqu'au port où le regard balaie la berge en face. Je poursuis la rive droite, l’ancien faubourg des Étamines où autrefois, traversant le square du Pré, la main caressant les feuillages – nous avions ramassé de longues gousses de chêne d’Amérique qui séjournent depuis sur mon bureau.
Square du Pré
Les vignes étalent leurs limbes cramoisis qui bientôt joncheront le sol. Non loin de là, c'est l'avenue de la Libération que tu arpentais, Marie Augustine, et moi gamine au gré de mes fantasmes, orpheline perdue, gamine dévorée par le loup, craignant les porches entr’ouverts de la rue des Frères Gréban.
L'appartement de la grand-mère dans une maison à deux étages, est affublé d'une lucarne ouverte en toiture d'ardoise lorgnant sur la rive droite de la Sarthe.
Qu’il ferait bon réentendre la mémé s’esclaffer — Regarde, ma Cathy, c’est jour férié, on va jouer à la bataille !
La mémé répétait souvent — Il y a autre chose que ce que l’on perçoit, il y a l’ailleurs. J'imaginais des voix, des monstres ou des fantômes contre lesquels elle aurait combattu, de son insensé point de vue qui dominait l’étendue des baraques en bois vermoulu et moisi.
Je buvais ses paroles pendant qu’elle soupirait — Je ne suis ni Louis, ni Marie ! Certains auraient pensé sorcellerie, d’autres folie. Moi, je sais que c’étaient les prénoms de ses égarés. Dans ma famille maternelle, il n'y a aucune sépulture. Faut faire avec.
Aujourd'hui à l'écoute de Jean-Louis Murat, mémé, je te chantonnerais
Mon amour est-il dans son quartier de lune
Mon amour veut-il faire un tour dans l'au-delà
Mon amour a-t-il mis ses habits de fête
Mon amour veut-il faire un tour dans l'au-delà
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